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Méthodes de recherche

Où chercher une information fiable : cartographier ses sources

Avant de chercher, il faut savoir quel type de source répond à quel type de question. Voici comment distinguer sources primaires et secondaires, et construire une carte de sources plutôt que d'accumuler des onglets au hasard.

Observation Gap Academy — Rédaction 5 min de lecture

L'essentiel

  • Le premier résultat d'une recherche est rarement la bonne source : il faut distinguer ce qui documente l'événement (source primaire) de ce qui en parle (source secondaire).
  • Une carte de sources se construit avant de chercher, sous forme de tableau : type de source, où la trouver, ce qu'elle apporte, ce qu'elle ne couvre pas.
  • Les bases publiques (statistique, réglementaire, archives ouvertes) couvrent des besoins différents des experts contactés directement.
  • Trouver une source ne dit rien de sa fiabilité : cartographier et évaluer sont deux étapes distinctes.

La première source trouvée est rarement la bonne

Chercher « taux de vacance commerciale centre-ville France » renvoie, en général, des articles de presse citant un chiffre, parfois un baromètre professionnel, rarement le document d'origine. Le chiffre circule de site en site, chacun citant le précédent, jusqu'à ce que personne ne sache plus qui l'a mesuré, ni comment, ni sur quel périmètre. C'est le problème classique de la source secondaire prise pour une source primaire : elle rapporte une information sans en être l'origine, et chaque reformulation peut introduire une approximation supplémentaire.

Le réflexe à prendre est simple à énoncer, plus difficile à appliquer sous pression de temps : avant de citer un chiffre ou un fait, remonter jusqu'au document qui l'a produit. Cela ne veut pas dire ignorer les sources secondaires — elles orientent souvent vers la bonne source primaire plus vite qu'une recherche à l'aveugle — mais ne jamais s'arrêter à elles quand l'exactitude compte.

Source primaire, source secondaire : une distinction opérationnelle

Une source primaire documente directement l'objet étudié : un jeu de données brut, un texte de loi, un compte rendu de séance, un entretien mené par le chercheur lui-même, une photographie datée. Une source secondaire analyse, résume ou commente une source primaire : un article de presse, une synthèse, un manuel, un rapport de vulgarisation.

Un exemple concret

  • Source primaire — les séries statistiques publiées par un institut national de la statistique, un jeu de données ouvert publié par une administration, le texte intégral d'un arrêté municipal.
  • Source secondaire — l'article qui commente ces mêmes données, la note de synthèse d'un cabinet, un billet de blog qui reprend un chiffre sans le recalculer.

Ni l'une ni l'autre catégorie n'est supérieure en soi : une source secondaire bien construite met en contexte des données primaires illisibles seules, et une source primaire mal choisie (un échantillon non représentatif, par exemple) peut être moins fiable qu'une synthèse sérieuse. La distinction sert à savoir, à tout moment, à quelle distance de l'événement on se trouve — pas à écarter automatiquement l'une des deux catégories.

Construire une carte de sources avant de chercher

Plutôt que d'ouvrir des onglets au fil de l'inspiration, il est plus efficace de lister, avant de commencer, les types de sources qui pourraient exister pour la question posée, puis de vérifier chacun. Un tableau à quatre colonnes suffit : type de source, où la chercher, ce qu'elle apporterait si elle existe, ce qu'elle ne pourra de toute façon pas couvrir.

Note de terrain : la moitié du temps gagné sur une petite enquête vient du tableau rempli avant de chercher, pas des recherches elles-mêmes.

Pour une question sur la fréquentation commerciale d'un centre-ville, la carte pourrait inclure : les données de mobilité d'un opérateur téléphonique ou d'une collectivité (souvent inaccessibles sans convention), les statistiques de vacance commerciale d'une chambre de commerce, les témoignages directs de commerçants, et les articles de presse locale comme repère chronologique. Une fois la carte remplie, il devient visible quelles cases restent vides — ce qui rejoint directement la méthode des trois colonnes pour repérer ce qui manque à un dossier.

À ce stade, vous devriez disposer d'une liste d'au moins trois types de sources distincts pour la question posée, avec, pour chacun, une piste concrète d'accès — et non une simple intention de « chercher sur internet ».

Les bases publiques à connaître

Un socle de bases publiques et institutionnelles couvre une bonne partie des besoins courants en France et en Europe : les instituts nationaux de statistique publient des séries longues en accès libre, les portails de données ouvertes des administrations et collectivités diffusent des jeux de données bruts, les archives ouvertes académiques rassemblent des publications de recherche, et les bases juridiques officielles donnent accès aux textes réglementaires dans leur version en vigueur. Aucune de ces bases n'est exhaustive : chacune couvre un périmètre précis, avec ses propres limites de mise à jour et de granularité géographique.

En revanche, ces bases ne remplacent pas toujours une donnée locale ou récente. Un jeu de données national mis à jour tous les cinq ans ne répondra pas à une question sur l'évolution d'un quartier depuis deux ans. Dans ce cas, la base publique sert de repère de comparaison, pas de réponse directe.

Contacter directement un expert ou un acteur de terrain

Quand aucune base ne couvre la question à la bonne échelle, reste la voie directe : contacter une personne qui connaît le terrain — un commerçant, un élu local, un chercheur ayant publié sur un sujet proche. Un message court, qui explique en deux phrases ce qui est cherché et pourquoi, obtient plus souvent une réponse qu'une demande vague. Préciser qu'une réponse même partielle est utile abaisse aussi le seuil de réponse.

Toutefois, un expert contacté directement n'est pas une source neutre par défaut : il apporte un point de vue situé, parfois un intérêt à présenter les choses sous un certain angle. Cela ne disqualifie pas son témoignage, mais cela signifie qu'il doit être traité comme n'importe quelle autre source — recoupé, daté, et évalué avec la même rigueur qu'un document. C'est précisément l'objet de la grille en cinq questions pour juger la fiabilité d'une source, une fois la carte de sources remplie.

Sources

  1. IFLA (International Federation of Library Associations and Institutions). "Guidelines on Information Literacy for Lifelong Learning." 2006.
  2. Yale University Library. "Primary Sources: A Research Guide." Guide de recherche, consulté en 2026.
  3. data.gouv.fr — plateforme ouverte des données publiques françaises, exemple de base institutionnelle de sources primaires.

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